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Monter un studio et produire une série d’entretiens politiques

À l’approche des municipales 2026, on a voulu recevoir les candidats du Var dans des conditions strictement identiques. Il a d’abord fallu construire le plateau, puisque l’entreprise n’avait aucun outil de production vidéo.

Université Audiovisuel BUT 3 Semestre 6
Visuel à venir — le motif ci-dessus tient la place en attendant les captures du projet.

Contexte

La Chaîne Varoise est le média local que produit Matthieu Irles à côté de l’agence événementielle. À l’approche des élections municipales de mars 2026, on a voulu faire ce qu’un média local peut faire de plus utile : donner la parole aux candidats du département, longuement, sans les couper.

Le problème, c’est qu’il n’y avait rien pour le faire. Aucun outil de production vidéo en interne. Chaque captation supposait soit un déplacement, soit un prestataire — donc un coût variable et un délai qui rendaient une série d’entretiens longs tout simplement impensable.

Et il y avait une contrainte que je n’avais pas mesurée en acceptant le projet : intervenir en communication à quelques semaines d’un scrutin n’a rien à voir avec la production d’un support commercial. Un média local qui interviewe un candidat fait de la communication. Un média local qui reçoit plusieurs candidats dans des conditions strictement identiques fait autre chose. Le pluralisme n’est pas une posture morale ici, c’est la condition qui rend la série publiable — et la seule qui protège le média. L’actif d’un titre de presse locale, c’est la confiance de son audience ; une série d’entretiens politiques qui donnerait à voir un traitement inégal la détruirait en une publication.

Démarche

Construire le plateau

Quinze mètres carrés aménagés dans les locaux. Fond noir tendu, mur vidéo LED bleu en arrière-plan des invités — c’est lui qui rappelle l’identité de La Chaîne Varoise sans qu’on ait à incruster un logo. Le même plateau se reconfigure en fond vert quand un tournage demande une incrustation.

L’éclairage combine plusieurs sources LED dont plusieurs en surplomb : une boîte à lumière parabolique équipée d’un nid d’abeille pour concentrer la lumière principale et limiter les débordements sur le fond, un ballon diffusant de 200 W pour l’ambiance, des lampes d’appoint. Le son passe par une console de mixage à douze entrées et des micros-cravates sans fil. Un prompteur complète le dispositif. Fauteuils, plantes, habillage aux couleurs de la marque : de quoi faire ressembler la pièce à un plateau plutôt qu’à un bureau.

Deux choix techniques qui conditionnent tout

Trois caméras préréglées et pilotées depuis la régie. Ça permet d’exploiter trois axes de prise de vues sans immobiliser personne derrière les appareils : les valeurs de plan se règlent depuis le poste de contrôle, pendant l’entretien. Pour une équipe de trois personnes dont aucune n’est technicien à plein temps, c’est exactement ce qui rend un tournage multicaméra praticable.

Le mélange sous vMix, en double écran. Les trois flux sont enregistrés simultanément — ce qui laisse toute latitude au montage — pendant qu’un flux unique, commutable en direct, est produit en parallèle. Basculement de caméra à la volée, incrustations, habillage : c’est de la réalisation multicaméra, avec ce que ça suppose de décisions prises pendant que l’invité parle. On a finalement arbitré au montage, mais disposer du direct sans surcoût change ce qu’une petite structure peut envisager.

Sur un entretien d’une heure, l’image tolère l’imperfection ; le son, non. Une image un peu sous-exposée reste regardable, un son saturé rend l’entretien inexploitable, et rien en post-production ne rattrape une prise manquée. D’où les micros-cravates individuels et la console qui permet de régler chaque voix séparément.

La partie qu’on ne voit pas

La plus ingrate est aussi celle qui a rendu le reste possible, et elle figure telle quelle dans mes récapitulatifs hebdomadaires : réorganiser la pièce et son rangement. Un studio est d’abord un problème d’espace et de câblage avant d’être un problème d’image.

Avant les tournages, on a produit une vidéo test complète, montée et diffusée à l’équipe. Elle n’avait aucune vocation à être publiée. Son intérêt était de faire apparaître les défauts — cadre, son, habillage — à un moment où les corriger coûtait une heure, plutôt que de les découvrir avec un candidat assis en face de la caméra. La post-production était prête avant le premier tournage. Le dispositif a fait l’objet d’une validation formelle : son validé, image validée. Le jour du tournage, avec deux candidats reçus successivement et un créneau contraint pour chacun, il n’existe aucune marge pour diagnostiquer un défaut.

Coordonner

La coordination avec les invités est la part la moins visible et celle qui laisse le moins de droit à l’erreur. Un candidat en campagne a un agenda saturé et un créneau qu’il ne rallongera pas. Chaque entretien supposait une prise de contact, une proposition de créneau, une confirmation, un rappel des conditions — lieu, durée, format — et l’assurance que ces conditions étaient identiques pour tous. Un retard d’une demi-heure sur le premier entretien se répercute intégralement sur le second, avec un invité qui patiente. Le planning n’avait aucune marge.

Résultats

Deux entretiens tournés et publiés sur les six prévus : Magali Brunel, conseillère municipale d’opposition à Toulon depuis 2020 et candidate au scrutin, et Romain Turpin. Quatre étaient programmés entre le 4 et le 6 mars 2026, à raison de deux par journée.

Publiés dans leur intégralité sur la chaîne YouTube de La Chaîne Varoise, au format long — plus d’une heure chacun.

Le plateau, lui, est resté. C’est ça le vrai résultat : un plateau permanent transforme un coût variable — louer, déléguer, se déplacer à chaque tournage — en un actif disponible. Il abaisse le seuil à partir duquel il devient raisonnable de produire de la vidéo, donc il fait mécaniquement augmenter le volume produit. Et il reste en place après le départ de celui qui l’a monté, ce qui n’est pas le cas d’un prestataire.

Ce que j’en retire

Auto-évaluation

Ce que j’ai appris ici est le plus éloigné de ma fiche de poste et sans doute le plus transférable : conduire un entretien filmé, régler une chaîne son et image, exploiter une régie multicaméra, coordonner un planning de tournage avec des invités externes, produire un habillage graphique animé.

Le déplacement que j’ai le plus intégré cette année tient en une phrase : sur un sujet sensible, l’équité se démontre par les conditions de production, pas par les bonnes intentions de celui qui produit. La neutralité ne se déclare pas, elle se produit — par un plateau identique, une durée identique, une structure de questions identique et une absence de montage sélectif.

Je dois préciser ma part, parce qu’il serait facile de laisser entendre plus. Je n’ai ni cadré ni monté cette série. Ma contribution a porté sur la coréalisation — construction de l’entretien, ordre et formulation des questions, partis pris de mise en scène — et sur la coordination. La partie graphique, en revanche, relevait entièrement de moi : recherche et création des animations d’habillage, celles qui introduisent les questions, présentent les programmes et servent de bannières. La qualité technique de cette série doit beaucoup à Thomas Bout et à Axel Bureau. Ma valeur ajoutée n’était pas derrière la caméra, elle était dans la décision éditoriale et dans l’organisation qui a permis à ces entretiens d’exister.

Auto-critique constructive

Six entretiens envisagés, quatre programmés, deux réalisés. Je mets ce chiffre en tête parce que c’est le résultat, et qu’il serait malhonnête de le reléguer à la fin.

La cause n’est ni technique ni organisationnelle : c’est le calendrier des invités. Un candidat en campagne voit son agenda se resserrer à mesure que le scrutin approche, et un entretien d’une heure accordé à un média local est la première chose qu’il déprogramme. On avait arrêté les dates début mars, à quelques semaines du vote. C’était trop tard. Si je devais recommencer, je verrouillerais les créneaux dès la clôture des déclarations de candidature, fin février, au lieu de les négocier ensuite : sur un sujet électoral, la ressource rare n’est pas le matériel, c’est la disponibilité des invités.

Et il y a une conséquence sur le protocole lui-même. L’égalité de traitement a bien été tenue pour les deux entretiens réalisés. Mais un dispositif conçu comme pluraliste qui ne reçoit que deux candidats sur six n’est plus tout à fait pluraliste, même si aucune des personnes reçues n’a été avantagée. La neutralité des conditions de production ne compense pas l’incomplétude de la série. C’est une nuance que je n’aurais pas su formuler avant de la vivre.

Deuxième écart : le brief initial prévoyait des capsules de moins de soixante secondes pour Instagram et des entretiens de trois à quatre minutes. Les entretiens publiés dépassent l’heure. Ce n’est pas un dérapage, c’est une correction. Un candidat qui expose un programme municipal ne le fait pas en quatre minutes. Surtout, ramener une heure d’entretien à quatre minutes suppose de choisir ce qu’on conserve — et chaque coupe devient un arbitrage éditorial sur la parole d’un candidat, en période électorale, dans un format censé garantir l’égalité de traitement. Le format long est ici le format neutre : le seul qui n’oblige pas le producteur à trancher à la place du spectateur. J’en retiens une règle : un format ne se choisit pas en amont sur des considérations de plateforme, il se déduit de la contrainte éditoriale du sujet.

Visuels

Le plateau de tournage en configuration fond vert : ballon diffusant en surplomb, boîte à lumière parabolique équipée d’un nid d’abeille, lampe d’appoint, fauteuils et guéridon.
Le plateau de La Chaîne Varoise en fond noir : deux fauteuils, une caméra motorisée sur pied et une boîte à lumière parabolique équipée d’un nid d’abeille en surplomb.
Console de mixage douze entrées, câblée, portant un autocollant au logo de Mad’in Event.
Un récepteur de micro-cravate sans fil branché sur une des entrées de la console de mixage.
Un des entretiens publiés par La Chaîne Varoise, tel qu’il apparaît en ligne.

Compétences mobilisées

4 apprentissage(s) critique(s) rattaché(s) à cette réalisation.

AC13.04

Tourner et monter une vidéo (scénario, captation image et son...)

Exprimer

J’ai coréalisé deux entretiens d’une heure : construction de l’entretien, ordre et formulation des questions, partis pris de mise en scène, puis coordination du tournage. J’ai aussi produit l’intégralité de l’habillage graphique animé — animations d’introduction des questions, présentation des programmes, bannières. Je précise en revanche que je n’ai ni cadré ni monté : le cadre et la lumière reviennent à Thomas Bout, le montage à Axel Bureau. Ma part est celle d’un chargé de communication qui pilote une production, pas celle d’un technicien.

AC23.01

Produire un écrit journalistique sourcé et documenté

Exprimer

Le choix du format long est un arbitrage éditorial que je peux défendre point par point. Le brief prévoyait des capsules de moins de soixante secondes et des entretiens de trois à quatre minutes ; les entretiens publiés dépassent l’heure. La raison n’est pas le confort : ramener une heure à quatre minutes suppose de choisir ce qu’on conserve, et chaque coupe devient un arbitrage éditorial sur la parole d’un candidat, en période électorale, dans un dispositif censé garantir l’égalité de traitement. Le format long est ici le seul format neutre. Les capsules courtes n’ont pas disparu, elles ont changé de statut : dérivées de l’entretien long, elles amènent vers lui au lieu de s’y substituer.

AC33.01

Adopter et justifier une démarche originale et personnelle dans ses productions

Exprimer

Le dispositif entier est une production audiovisuelle montée de zéro : plateau de 15 m², trois caméras pilotées à distance, régie multicaméra sous vMix en double écran, console douze entrées, micros-cravates individuels, prompteur. J’ai arbitré chaque choix technique en fonction d’une contrainte de production précise — trois personnes dont aucune n’est technicien, deux invités par journée, aucune marge de rattrapage — et non en fonction de ce qui aurait été techniquement le plus impressionnant. La vidéo test produite avant les tournages, montée et diffusée à l’équipe uniquement pour faire apparaître les défauts, relève de la même logique : préparer une chaîne de production, c’est prévoir où elle va casser.

AC35.02

Maîtriser la qualité en projet Web ou multimédia

Entreprendre

Recevoir des candidats à quelques semaines d’un scrutin engage la responsabilité du média qui les reçoit. J’ai posé le protocole avant de brancher une caméra : conditions strictement identiques pour tous — même plateau, même dispositif technique, même durée disponible, même structure d’entretien — et absence de montage sélectif. Le critère de sélection des invités est lui-même un acte éditorial qui doit pouvoir être exposé et défendu. J’assume aussi la limite : un dispositif pluraliste qui ne reçoit que deux candidats sur six n’est plus tout à fait pluraliste, et la neutralité des conditions ne compense pas l’incomplétude de la série.