BAC TO THE ARENA — l’appel d’offres de la Ville de Fréjus
La Ville de Fréjus voulait un concert gratuit dans son amphithéâtre romain pour fêter la fin du Bac : j'ai écrit la réponse du lot 2, du nom de l'événement jusqu'au calcul de marge. Classé 3e sur 20 agences, non retenu.
Contexte
La Ville de Fréjus a lancé une consultation publique pour un concert gratuit le 9 juillet 2026, dans l'Amphithéâtre Romain, à la fin des épreuves du Bac. Le public visé était clairement identifié dans le cahier des charges : les 18-20 ans. Horaire 21h-minuit, 5 544 places — 2 544 assises, 3 000 debout, plus les emplacements PMR. Mad’in Event a décidé d'y répondre et le lot 2 m'est revenu.
Ce qui rend une consultation publique différente d'un devis classique, c'est que le CCTP ne se discute pas. Il liste des livrables, et si un livrable manque dans la réponse, le dossier tombe. En l'occurrence, la Ville en imposait dix : les panneaux digitaux urbains en trois formats, des banderoles 200 × 80 cm, un visuel et un article pour le magazine de l'été, la mise en ligne sur l'agenda du site de la Ville, un dossier de presse, cinq posts réseaux sociaux, un événement Facebook en co-organisation, des notifications sur l'application mobile municipale, des flyers et des affiches A3, et une billetterie en ligne gratuite. Dix cases à cocher, sans exception possible.
La contrainte de calendrier était serrée. On partait sur un kick-off le 10 mai, soit J-60, avec des dates de livraison de fichiers qui tombaient bien avant l'événement : le 11 juin pour la banderole, le 4 juin pour le magazine, le 15 juin pour les panneaux digitaux. Et sur la banderole, une pénalité de 500 € par jour de retard de livraison du fichier. C'est ce genre de ligne qui change la façon dont on construit un rétroplanning : on n'écrit plus des dates souhaitables, on écrit des dates opposables.
Côté budget, le périmètre était le suivant : 5 000 € HT facturés à la Ville pour la seule partie communication du lot 2. Ce n'était pas à moi de fixer ce prix, mais c'était à moi de démontrer qu'on livrait quelque chose de cohérent avec, et de savoir ce que ça coûtait réellement à l'agence.
Vingt agences ont répondu. Je ne le savais pas en écrivant.
Démarche
Lire le cahier des charges avant de dessiner quoi que ce soit
J'ai commencé par retranscrire le brief en une page : date, lieu, jauge, public, et la liste exhaustive des livrables obligatoires. Ça paraît scolaire. C'est en réalité l'étape qui m'a sauvé, parce que la suite du dossier n'est rien d'autre que le déroulé de cette liste, canal par canal. Chaque exigence du CCTP devait pouvoir se retrouver dans ma réponse, au même endroit, avec un livrable nommé et une date. Un acheteur public qui lit vingt dossiers ne cherche pas des idées, il cherche d'abord si vous avez répondu à sa question.
Trouver un nom qui tient tout seul
L'idée est venue vite et je l'ai gardée : BAC TO THE ARENA. Le raisonnement, je l'ai écrit noir sur blanc dans le dossier parce qu'un nom qu'on ne justifie pas se fait démonter en réunion. BAC, c'est le baccalauréat, le rite de passage, la génération qui le vit maintenant. TO, c'est le jeu de mots entre « back » et « bac », un clin d'œil bilingue qui parle à la cible sans avoir besoin d'être expliqué. THE ARENA, c'est l'amphithéâtre romain, le patrimoine transformé en salle de concert.
Ce qui compte plus que le calembour, ce sont les propriétés du nom. Il se prononce en français comme en anglais. Il est hashtaggable tel quel — #BACTOTHEARENA. Il se décline chaque année sans retoucher l'identité, 2026 puis 2027. Et surtout, il est indépendant du line-up : si l'artiste change, la marque de l'événement ne bouge pas. Pour une collectivité, c'est un argument d'actif : elle achète un nom qu'elle pourra réutiliser, pas une affiche jetable.
La ligne de concept a suivi : la promo 2026 entre dans l'arène, on troque les copies doubles pour les Main Stages. Trois angles portaient le discours vers la Ville — l'héritage, avec le décor antique comme scène moderne ; la célébration de la fin du Bac ; la fédération entre jeunes, familles et territoire. Ce dernier point n'est pas décoratif : une commune ne finance pas une soirée pour un public, elle finance un événement pour ses habitants.
Poser une direction artistique tenable en print comme en digital
J'ai construit un univers « nuit antique, néons et collage Gen Z ». Palette fermée à cinq couleurs, avec les codes hexadécimaux dans le dossier : Nuit Antique #0A0514 en fond, Corail Néon #FF3366 et Soleil Pierre #FFD93D en accents, Magenta Royal #6A0572 en transition, Ivoire Marbre #FDF5E6 pour les aplats clairs. Typographie display en Impact ou Anton pour les titres, Inter ou Arial en 11 pt pour les textes courants. Motifs : colonnes antiques en silhouettes de fond, halos et néons courbes rose et jaune, collage photo avec portraits découpés, grain et glitch, textures de pierre et de marbre usé.
Le choix des typos n'est pas un choix d'esthète, c'est un choix de faisabilité. Impact et Arial sont partout, y compris chez le service comm de la Ville s'il doit reprendre un gabarit. Un dossier qui impose une fonte propriétaire à une collectivité crée un problème le jour où l'agence n'est plus là.
Traduire le CCTP en douze fiches canal
C'est le cœur du dossier. Chaque canal a sa page, avec un livrable précis, un format, une deadline et un responsable désigné — nous ou la Ville. Douze au total : panneaux digitaux, banderoles, magazine de l'été et agenda web, réseaux sociaux, événement Facebook, application mobile et notifications, billetterie, dossier de presse, radio, newsletter de la Ville, print flyers et affiches, et le terrain lycées et BDE.
Sur les panneaux digitaux, j'ai écrit un vrai cahier des charges technique : trois formats en 1080 × 1920, 288 × 432 et 1920 × 1080, fichiers JPG HD sous 5 Mo ou MP4 de 8 secondes maximum sous 15 Mo, vidéo muette parce que la diffusion se fait en extérieur sans son, lisibilité contrôlée à 5 mètres et en faible lumière. Et j'y ai glissé le « notre + » : un visuel statique et un MP4 animé par format, soit six fichiers au lieu des trois exigés, sans surcoût. Le motion de 8 secondes était scénarisé — logo, puis line-up, puis date, puis appel à l'action. Offrir du volume qui ne coûte que du temps interne, c'est le seul levier de différenciation quand le prix est déjà fixé.
Sur les banderoles, l'impression était assurée par la Ville : notre engagement portait sur le fichier, PDF haute définition en CMJN avec 3 mm de fond perdu, livré au plus tard le 11 juin, pour un affichage du 25 juin au 9 juillet. J'ai fait figurer la pénalité de 500 € par jour de retard sur la fiche elle-même. Certains auraient discrètement omis la ligne. Je l'ai laissée visible parce qu'elle prouve qu'on a lu le contrat et qu'on l'assume — et parce qu'à l'interne, ça verrouille la deadline mieux que n'importe quelle relance.
Pour le magazine de l'été, j'ai livré un article test de 300 mots directement dans le dossier, ton presse locale, angle « Fréjus célèbre sa promo 2026 », avec les spécifications de livraison : texte en .docx, visuel A4 en 300 dpi CMJN, deadline au 4 juin. Écrire l'article au lieu de promettre de l'écrire, c'est la différence entre une intention et une preuve. Même logique pour l'agenda de frejus.fr, avec les mots-clés SEO visés et le bouton de renvoi vers la billetterie.
La radio, seul vrai poste d'achat média
NRJ Var était mon choix prioritaire, et je l'ai argumenté : forte pénétration sur la tranche 15-30 ans dans le département, réseau national décliné localement, tarif régional estimé entre 70 et 90 € HT le spot de 30 secondes. Dix passages, découpés en trois phases datées. Teasing du 20 mai au 5 juin, quatre spots, pour installer la date. Amplification du 6 au 25 juin, quatre spots, avec le line-up et l'ouverture de la billetterie. Rappel final du 1er au 7 juillet, deux spots, en J-8 à J-2. Plus une production de spot en studio, voix off, jingle et mixage.
Le découpage temporel comptait autant que le média. Dix spots répartis au hasard sur deux mois ne produisent rien ; dix spots calés sur les moments où l'information change — j'annonce, je dévoile, je rappelle — construisent une courbe.
Aller chercher la cible là où elle est
Le canal dont je suis le plus content ne coûtait rien : le terrain. Le principe que j'ai écrit dans le dossier, c'est de toucher les lycéens avant que leur téléphone soit leur seule source d'info. Concrètement : contacter les CPE et les vies scolaires pour obtenir l'autorisation de dépôt, poser les flyers A5 dans les halls et les affiches A3 dans les panneaux d'affichage, sur les lycées de Fréjus, Saint-Raphaël, Draguignan, Brignoles et Toulon.
Ensuite les BDE. Repérer ceux qui sont actifs sur Instagram, leur envoyer un kit comm avec des visuels prêts à poster, leur proposer un jeu concours « Gagne tes places pour BAC TO THE ARENA » sur leurs propres comptes, avec en contrepartie une mention et un badge de co-communication. Côté universitaire, les BDE de la fac de Toulon et de l'IUT comme relais naturels sur les 18-22 ans. Distribution pendant les révisions du Bac, contact via LinkedIn et Instagram.
Un calendrier à feux, pas une liste de vœux
J'ai bâti un tableau de bord de quatorze jalons entre le 10 mai et le 10 juillet, avec un statut par ligne : fait, en production, ou deadline stricte. Trois dates étaient marquées en rouge — l'envoi des fichiers à l'imprimeur le 27 mai, l'article du magazine le 4 juin, les panneaux digitaux et la mise en ligne de la billetterie le 15 juin. Le reste s'articulait autour : dossier de presse et distribution lycées le 5 juin, post line-up et lancement radio le 9 juin, post et notification et newsletter le 24 juin, hype à J-2 le 7 juillet, puis le 10 juillet l'aftermovie, la newsletter de remerciement et le bilan.
Ce tableau servait deux publics d'un coup. Pour la Ville, il prouve que le prestataire sait où il va. Pour moi, c'était le document de travail réel.
Chiffrer au prix réel, et assumer la marge
Je ne voulais pas d'un budget en fourchettes. Je suis allé chercher les prix réels sur Printoclock : 143 € la banderole en bâche PVC 200 × 80 avec œillets, 40 € les 150 affiches A3 en 135 g couché brillant, 77 € les 2 000 flyers A5 recto-verso en 90 g. Soit 260 € de print pour 2 150 exemplaires. À côté, 300 € de campagne ADS Meta sur Facebook et Instagram, 950 € pour la radio production comprise, 300 € pour la captation du jour J et l'aftermovie de 60 secondes. Billetterie à 0 € puisque les billets sont gratuits.
Et puis les lignes marquées « inclus » : le community management et les cinq posts, les deux newsletters, la distribution des flyers, la coordination du projet. Autrement dit, moi. Le total du coût interne facturable ressortait à 1 843 € HT, pour un prix de vente de 5 000 € HT. Marge de 3 157 €, taux de 63 %.
J'ai fait figurer ce calcul dans la version agence du dossier, avec la répartition : 52 % du coût interne sur la radio, 16 % sur les ADS Meta, 16 % sur la captation, 0 € de frais de création. C'est la ligne à zéro qui explique le taux de marge. Ce que l'agence vend là, ce n'est pas de l'achat média revendu avec un coefficient, c'est du temps de travail interne. Comprendre ça, c'est comprendre comment vit une agence.
Résultats
Classé 3e sur 20 agences. Non retenu. Je préfère l'écrire en toutes lettres plutôt que de le noyer.
C'était ma première réponse à une consultation publique, rédigée en alternance, seul sur la partie communication. Terminer troisième d'un panel de vingt, ça veut dire que le dossier était recevable : la Ville l'a lu jusqu'au bout et l'a classé devant dix-sept autres. Ça ne veut pas dire qu'il était bon. Sur un marché public, seul le premier signe.
Ce que le dossier contient, et qui existe indépendamment du résultat :
- Un dossier de proposition commerciale complet, de la page de garde au calcul de marge, couvrant les 10 livrables imposés par le cahier des charges sans exception.
- Un nom, BAC TO THE ARENA, avec son argumentaire, sa déclinaison annuelle et son indépendance vis-à-vis du line-up.
- Une direction artistique complète : palette de 5 couleurs référencées en hexadécimal, système typographique, répertoire de motifs.
- 12 fiches canal, chacune avec livrable, format technique, deadline et responsable désigné.
- Un engagement de 6 fichiers livrés sur les panneaux digitaux au lieu des 3 exigés, sans surcoût.
- Un plan radio de 10 spots de 30 secondes découpé en 3 phases datées, du 20 mai au 7 juillet.
- Un calendrier de 14 jalons entre J-60 et J+1, dont 3 deadlines strictes.
- Un budget aux prix réels fournisseurs : 1 843 € HT de coût interne contre 5 000 € HT de prix de vente, soit 3 157 € de marge et un taux de 63 %.
- Un article de presse de 300 mots et des maquettes de posts, produits pour de vrai et intégrés au dossier plutôt que promis.
Source de tous ces chiffres : le dossier de proposition commerciale lui-même, lot 2, consultation 2026/FCS, Commune de Fréjus. Le classement à la 3e place m'a été communiqué à l'issue de la consultation ; je n'en ai pas de trace écrite jointe à cette fiche.
Ce que j’en retire
Auto-évaluation
Ce projet est le premier où j'ai touché à toute la chaîne d'un seul tenant : comprendre une commande publique, inventer une marque, la dessiner, la décliner sur douze supports, la planifier, la chiffrer, et regarder ce qu'elle rapporte. D'habitude on me confie un morceau. Là, il n'y avait pas de morceau.
La leçon la plus concrète porte sur le naming. Avant, je pensais qu'un bon nom était un nom qui sonne bien. Maintenant je le teste sur ses propriétés : est-ce qu'il se prononce dans les deux langues, est-ce qu'il fait un hashtag utilisable, est-ce qu'il survit à un changement d'artiste, est-ce qu'on peut lui coller un millésime l'année suivante. BAC TO THE ARENA coche tout ça, et c'est pour ça que je le défends encore aujourd'hui même si le dossier n'est pas passé. C'est aussi le seul élément du projet qui a une valeur en dehors de cette consultation-là.
J'ai appris à lire un cahier des charges comme un contrat et pas comme une inspiration. La pénalité de 500 € par jour sur la banderole m'a fait comprendre quelque chose que trois ans de cours n'avaient pas ancré : dans le secteur public, une date n'est pas une préférence. Depuis, je construis mes rétroplannings à l'envers, en partant des dates opposables, et je marque explicitement celles qui coûtent de l'argent si on les rate.
Le passage budget est celui qui m'a le plus fait avancer professionnellement. Chercher les prix unitaires réels chez un imprimeur plutôt que d'écrire « environ 150 € », poser le coût interne face au prix de vente, calculer une marge et l'afficher. Voir noir sur blanc que 63 % de marge viennent du fait que la création, le community management, les newsletters et la coordination sont à zéro euro parce que c'est moi qui les fais — ça donne une idée très nette de ce que vaut mon temps dans l'économie d'une agence, et de ce qu'on vend réellement à un client.
Enfin, la production : produire l'article du magazine et les maquettes de posts à l'intérieur de la proposition, plutôt que de les promettre. C'est plus long à faire, et c'est la seule chose qui distingue une réponse d'une plaquette.
Auto-critique constructive
Le dossier est plus faible là où il compte le plus pour un acheteur public, et je le sais maintenant.
Je n'ai pas su construire un prix. Le montant de 5 000 € HT, je l'ai reçu, je ne l'ai pas bâti. Résultat : je n'ai aucune décomposition de prix forfaitaire, aucun détail de temps passé, aucun barème. Sur une consultation, l'acheteur veut pouvoir comparer ligne à ligne entre les candidats, et un chiffre rond sans structure derrière est difficile à évaluer. C'est probablement une partie de l'écart avec les deux dossiers classés devant.
Zéro référence. Nulle part je ne montre un événement comparable déjà produit, avec un chiffre de fréquentation, une photo, un témoignage de collectivité. Une réponse de marché public se juge autant sur ce qu'on a déjà fait que sur ce qu'on propose de faire. Je suis arrivé avec une idée et sans passé.
Le dossier n'est pas propre jusqu'au bout. En le relisant, plusieurs choses me sautent aux yeux et n'auraient jamais dû partir : la programmation change de nom selon les pages — la tête d'affiche annoncée dans le concept ne correspond plus à celle citée dans la page dossier de presse, dans le tableau de bord et dans les mots-clés SEO, vestiges d'une version antérieure que je n'ai pas nettoyée. Deux pages de la section budget sont restées à l'état de gabarit, avec le texte de la page précédente recopié et les chiffres manquants. La pagination se contredit d'une page à l'autre, certaines en « / 24 », d'autres en « / 25 ». L'article test annonce « mercredi 9 juillet » alors que le 9 juillet 2026 tombe un jeudi, et fait démarrer la soirée à 20 h là où le déroulé dit 21 h. Le public passe de 18-20 ans dans le brief à 16-20 ans dans l'article et 16-30 ans sur la fiche radio.
Ce ne sont pas des fautes de conception, ce sont des fautes de finition. Mais un jury de consultation lit exactement ça pour départager des dossiers qui se valent sur le fond.
Deux chiffres ne se recoupent pas. La fiche canal NRJ annonce 950 € pour les dix spots plus 215 € de production, soit environ 1 015 €, tandis que le tableau de budget compte 800 € de passages plus 150 € de production, soit 950 €. Et si j'additionne les lignes du budget détaillé, j'arrive à 1 810 €, pas aux 1 843 € affichés en total. Trente-trois euros d'écart que je ne sais pas justifier aujourd'hui. Sur un document financier envoyé à une collectivité, une addition qui ne tombe pas juste, c'est le genre de détail qui abîme la crédibilité de tout le reste.
Ce que je referais autrement : bloquer une relecture complète à froid, à J-1 de l'envoi, avec une grille de vérification — cohérence des noms, cohérence des dates, addition des budgets, pagination. Et surtout, aller chercher en amont ce que l'acheteur attend vraiment, en lisant les rapports d'attribution de consultations passées de la même commune. Cette information est publique. Je ne le savais pas.
Continuité et développement personnel
Le dossier n'a pas été retenu, donc rien n'a été produit : pas de banderole imprimée, pas de spot diffusé, pas de concert. Ce qui reste, c'est la méthode et le nom.
Le nom, d'abord. BAC TO THE ARENA a été conçu pour être réutilisable — millésimable année après année, indépendant de l'artiste programmé, prononçable et hashtaggable en l'état. Il n'est lié à aucun line-up et à aucune édition. Si l'occasion se représente, sur Fréjus ou ailleurs sur un site patrimonial, la marque est prête et la charte est écrite.
La méthode, ensuite, et c'est ce que j'ai vraiment gardé. Le format « une fiche par canal, avec un livrable nommé, un format technique, une deadline et un responsable désigné » est devenu ma façon par défaut de présenter un plan de communication. Il a un avantage bête mais décisif : il empêche de vendre du vent. On ne peut pas écrire « présence sur les réseaux sociaux » dans une fiche canal, il faut écrire cinq posts en 1080 × 1350, à telles dates, sur telles plateformes, produits par qui.
Le tableau de bord à statuts et le rétroplanning construit à l'envers depuis les dates opposables ont suivi le même chemin. Et le réflexe budgétaire aussi : chercher les prix unitaires réels chez le fournisseur avant d'écrire une ligne, puis poser le coût interne en face du prix de vente pour savoir ce qu'on gagne. Je ne présente plus un budget sans son revers.
Il reste enfin la partie que je dois combler pour la prochaine fois, et qui est identifiée : construire une décomposition de prix forfaitaire, et me constituer un dossier de références présentables. Ce n'est pas de la conception, c'est du métier commercial. Une 3e place sur 20 me dit assez précisément où était le manque.
Compétences mobilisées
7 apprentissage(s) critique(s) rattaché(s) à cette réalisation.
Proposer une recommandation marketing (cibles, objectifs, points de contact)
ConcevoirLa cible était donnée — 18-20 ans, bacheliers du Var — et j'en ai tiré une recommandation qui articule des points de contact hiérarchisés plutôt qu'un catalogue. J'ai posé la radio NRJ Var en choix prioritaire avec un argument d'audience explicite, forte pénétration sur les 15-30 ans dans le département, et j'ai concentré 52 % du coût interne dessus, ce qui est un arbitrage assumé et non une répartition uniforme. J'ai complété par les ADS Meta pour un ciblage géographique et démographique précis, et surtout par un canal terrain que personne n'oblige à mettre au CCTP : aller physiquement dans les lycées de Fréjus, Saint-Raphaël, Draguignan, Brignoles et Toulon, et passer par les BDE de terminale et les BDE universitaires comme relais. Le principe que j'ai écrit dans le dossier est un raisonnement de parcours : toucher les lycéens avant que leur téléphone soit leur seule source d'information. Chaque point de contact est daté par rapport à l'événement — J-45, J-30, J-15, J-2, J+1 — pour que la répétition construise une progression et non un bruit constant.
Budgéter un projet et suivre sa rentabilité
EntreprendreJ'ai refusé les fourchettes et construit le budget sur des prix unitaires réellement relevés. Chez l'imprimeur : 143 € la banderole en bâche PVC 200 × 80 avec œillets, 40 € les 150 affiches A3 en 135 g couché brillant, 77 € les 2 000 flyers A5 recto-verso en 90 g, soit 260 € pour 2 150 exemplaires. En média : 300 € d'ADS Meta, 950 € pour la radio production de spot comprise, 300 € pour la captation photo et l'aftermovie de 60 secondes, 0 € de billetterie puisque les billets sont gratuits. Total du coût interne facturable : 1 843 € HT face à un prix de vente de 5 000 € HT, soit 3 157 € de marge et un taux de 63 %. J'ai ensuite lu cette marge au lieu de me contenter de l'afficher : elle s'explique par les lignes à zéro euro — création, community management, newsletters, coordination — c'est-à-dire par mon propre temps de travail, ce qui veut dire que l'agence vend ici de la main-d'œuvre interne et non de l'achat média revendu. Le suivi de rentabilité est allé jusqu'à la répartition, 52 % du coût sur la radio, 16 % sur les ADS, 16 % sur la captation. La limite est réelle et je la documente : l'addition des lignes détaillées donne 1 810 € contre 1 843 € annoncés, et la fiche radio ne s'accorde pas avec le tableau budgétaire sur le coût de production du spot.
Analyser la stratégie de communication ou marketing d'un acteur, d'une organisation au regard d'un secteur ou d'un marché (stratégie, mission, valeurs...)
ComprendreLe point de départ n'était pas une idée mais un document administratif : le cahier des charges de la Ville de Fréjus, lot 2 de la consultation 2026/FCS. Je l'ai retranscrit en une page pour isoler ce qui était réellement exigé — date, jauge de 5 544 places, tranche 18-20 ans, créneau 21h-minuit — et surtout la liste des dix livrables de communication obligatoires. Cette lecture m'a fait comprendre ce qu'une commune achète quand elle finance un concert gratuit : pas une soirée pour des jeunes, mais un événement qui fédère habitants, familles et territoire, ce qui a directement produit le troisième axe de mon concept. J'ai aussi identifié les contraintes qui pèsent sur le prestataire et non sur l'organisateur, notamment la pénalité de 500 € par jour de retard sur la livraison du fichier banderole, dont j'ai fait un point de mon rétroplanning au lieu de la laisser dans une annexe. Mon autocritique montre en creux la limite de cette analyse : je n'avais pas compris que les rapports d'attribution des consultations passées de la même commune étaient publics et lisibles, ce qui aurait affiné ma lecture des attentes de l'acheteur.
Créer et décliner une identité visuelle (charte graphique)
ExprimerJ'ai construit une identité visuelle complète pour un événement qui n'existait pas, et je l'ai formalisée pour qu'un tiers puisse la reprendre. La palette est fermée à cinq couleurs, données en hexadécimal avec leur rôle : Nuit Antique #0A0514 en fond, Corail Néon #FF3366 et Soleil Pierre #FFD93D en accents, Magenta Royal #6A0572 en transition, Ivoire Marbre #FDF5E6 en aplat clair. Le système typographique distingue le display, Impact ou Anton, du texte courant, Inter ou Arial en 11 pt, et ce choix est motivé par la faisabilité autant que par le style : ces fontes sont disponibles partout, y compris au service communication de la Ville s'il doit reprendre un gabarit après nous. J'ai défini un répertoire de motifs — colonnes antiques en silhouettes, néons courbes et halos rose et jaune, collage photo avec grain et glitch, textures de marbre usé — qui donne à l'ensemble une tenue commune sans imposer une seule composition. La déclinaison est démontrée dans le dossier, pas seulement affirmée : les mêmes règles produisent trois maquettes de posts d'angles différents, un flyer recto-verso, une affiche A3, une banderole et trois formats de panneau digital, du 288 × 432 pixels au 1920 × 1080.
Réaliser, composer et produire pour une communication plurimédia
ExprimerLe dossier ne se contente pas de décrire ce qui serait produit, il produit. J'ai rédigé et mis en page l'article de 300 mots destiné au magazine de l'été, avec son angle de presse locale et ses infos pratiques, plutôt que d'écrire « rédaction d'un article » dans un tableau. J'ai maquetté trois posts réseaux sociaux sur trois angles distincts — annonce, révélation du line-up, hype à J-2 — au format 1080 × 1350. J'ai maquetté le flyer A5 recto-verso avec sa programmation au dos, l'affiche A3, la banderole 200 × 80. Chaque production s'accompagne de ses contraintes de fabrication réelles, ce qui est l'essentiel du travail plurimédia : PDF haute définition en CMJN avec 3 mm de fond perdu pour la banderole, JPG 300 dpi CMJN pour le visuel du magazine, JPG sous 5 Mo ou MP4 muet de moins de 8 secondes et 15 Mo pour les panneaux urbains, avec un critère de lisibilité à 5 mètres et en faible lumière. Le même contenu a donc été décliné en respectant des contraintes techniques opposées selon le média, et j'ai proposé de livrer six fichiers là où trois étaient exigés, un statique et un animé par format. Le dossier lui-même, vingt-quatre pages structurées en huit sections, est le support de restitution de tout cet ensemble.
Concevoir et mettre en oeuvre une communication 360, plurimédia ou transmédia
ConcevoirLe plan couvre douze canaux et le dossier consacre une page entière à chacun, avec un livrable nommé, ses spécifications techniques, sa date de livraison et son responsable désigné, nous ou la Ville. C'est ce qui en fait une communication 360 et pas une juxtaposition : la même architecture de message — logo, line-up, date, appel à l'action — se décline en motion de 8 secondes sur les panneaux digitaux urbains, en accroche unique sur une banderole 200 × 80 lisible en passant, en article rédactionnel de 300 mots dans le magazine papier de l'été, en spot radio de 30 secondes, en post 1080 × 1350 sur Instagram, Facebook et TikTok, en notification push sur l'application municipale, et en flyer A5 posé dans un hall de lycée. J'ai aussi orchestré la temporalité entre les canaux, ce qui est le vrai travail du 360 : les dix spots radio sont découpés en teasing, amplification et rappel final, calés sur les mêmes jalons que les posts et les notifications, de sorte que chaque nouvelle information — la date, puis le line-up, puis l'ouverture de la billetterie — est portée simultanément sur plusieurs supports. Le dispositif intègre enfin la co-organisation avec la Ville sur l'événement Facebook et sur ses newsletters, c'est-à-dire l'articulation avec des canaux que je ne contrôle pas.
Défendre un projet de manière convaincante
EntreprendreUn dossier de réponse à consultation publique est un exercice de défense : on ne présente pas, on convainc un acheteur qui lit vingt candidatures et qui cherche d'abord une raison d'éliminer. J'ai structuré la proposition en huit sections avec un sommaire navigable, en partant du rappel du brief — donc en montrant d'entrée que j'avais lu et compris ce qui était demandé — avant d'amener le concept. J'ai systématiquement argumenté au lieu d'affirmer : le naming est justifié syllabe par syllabe et sur ses propriétés d'usage, le choix de NRJ Var est adossé à une raison d'audience et à un tarif, le choix de fontes système est motivé par la reprise possible par la Ville après nous. J'ai construit des arguments de préférence là où le prix était figé, notamment l'engagement de six fichiers au lieu de trois sur les panneaux digitaux sans surcoût, et l'affichage assumé de la pénalité de 500 € par jour de retard, qui transforme une contrainte en preuve de sérieux. J'ai enfin apporté des pièces plutôt que des promesses, avec l'article et les maquettes produits à l'intérieur du dossier. Le résultat valide partiellement la démarche et en montre la limite : 3e sur 20 agences, non retenu, faute d'une décomposition de prix et de références comparables.
